lundi, avril 17, 2006

René Lévesque, un espion de l'OWI?

Un nouveau regard sur la bataille constitutionnelle canadienne
(Partie I)
par Raynald Rouleau
L'origine d'une découverte scientifique est toujours la remise en question de
l'ensemble des axiomes qui forment notre bagage scientifique. Par exemple, il y a
500 ans, si Kepler avait accepté la théorie disant que la terre était le centre du
système solaire, il n'aurait pas pu établir avec tant d'exactitude la distance relative entre les planètes. Même chose pour le grec Éristhothène, s'il avait cru que la terre était plate, il n'aurait pas pu calculer la circonférence de la terre, il y a de ça 2500 ans.
En politique ce principe est aussi vrai. Pour faire avancer politiquement le
Québec d’aujourd'hui, il faut remettre en question certains axiomes que nous avons
tenus pour acquis, que nous avons crus, mais qui sont fondamentalement faux. Mais
pour faire ces découvertes, il faut prendre du recul par rapport à notre position
actuelle, regarder les choses telles qu’elles sont dans leur ensemble et mettre l’accent sur les points d'inflexion historique.
Les origines du Parti québécois :
Les instigateurs du Parti Québécois n'ont jamais eu l'intention de faire du Québec
un vrai pays: C'est-à-dire, une république constitutionnelle, indépendante
de l'Empire britannique, basé sur des principes de droits universels,
similaires à ceux enchassés dans le préambule de la constitution des États
Unis. Ici je ne fais pas référence aux membres ou même aux leaders du PQ,
mais bien à ceux qui l'ont instigué, forgé, et qui en tirent encore des avantages. Au
contraire, il se sont battu contre Daniel Johnson (père) qui, lui, était en train de
le faire.
Le PQ à été créé 16 jours après la mort tragique du Premier ministre du Québec,
Daniel Johnson (père). Le but était simple: attirer toutes les forces nationalistes;
qu'elles soient de gauche, de droite, qu'elles soient communistes, socialistes, catholiques ou maçonniques, pour ensuite les empêcher d'atteindre leur objectif. Le principe était le même.
C'était le «principe de la palette-à mouches». On a tous déjà vu ça: Une languette attachée au plafond d'un chalet, enduite de colle sucrée, vers où les mouches se dirigent et y restent collées, jusqu'à ce que mort s'ensuive! Voilà pourquoi le PQ avait été créé à l'origine.
Contrairement à la conception populiste péquiste, les ennemis du Québec ne sont
pas ceux qui parlent anglais; les fermiers de l'Ontario ou de la Saskatchewan, les
agriculteurs du Manitoba ou du Nouveau Brunswick, les pêcheurs de la Colombie-
Britannique ou de Terre Neuve, les entrepreneurs de l'Alberta ou même la
majorité des bureaucrates d'Ottawa! Regardez seulement vos billets de 20 $
ou vos sous noirs; qu'elle est l'image que vous y voyez ? Voilà la nature de
l'ennemi des Québécois. Le problème est le même, que vous soyez du Québec, ou
de l'Ontario. Le problème n'est pas la Reine elle-même, mais bien cette vieille
structure administrative qu’est l'Empire Britannique, nommé Crown Agents (ou
agents de la couronne). Avant que le Canada ait le statut de «pays», nous
n'étions que le Dominion du Canada; un appendice de l'Empire Britannique, sur
le continent américain, administré par des Crown Agents, à travers des
centaines d'institutions. Cette structure existe encore, et exerce encore une
influence. «Crown Agents have no formal Constitution and are not part of the
United Kingdom Civil Service or of the United Kingdom Government machine...
Crown Agents act as business and financial agents for the Governments of
all territories for the administration of which the Secretary of State is ultimately
responsible, including the territories under the protection of Her Majesty and
the territories administered on behalf of the United Nations.»(1) (Une petite
histoire de Crown Agents sera prochainement publiée dans l'Acropole,
sous le titre de La Face Cachée de l'Empire : une petite histoire des Crown
Agents.)
Le PQ a été fondé par René Lévesque, un homme intelligent, mais qui a été
brisé par ce qu'il a vécu durant la Deuxième guerre mondiale. Il a été
recruté par un agent du nom de Robb, qui était chef du bureau montréalais de
l'Office of War Information, (OWI) (2) un service de renseignement
nominalement américain, mais sous contrôle britannique. (3) Lévesque a été
envoyé à New York pour rencontrer Pierre Lazareff, l'éditeur-en-chef des
services français de L'OWI. Il a été rapidement envoyé à Londres. À la fin
de la guerre il avait atteint, selon lui-même, l'équivalent d'un rang de
capitaine : «On était quand même parmi les gars les mieux payés. J'avais une
sorte de grade assimilée de lieutenant. Je pense que j'ai fini capitaine. Je n'étais
pas capitaine en charge d'une unité, mais l'équivalent» dit René Lévesque. (4) Il a
ensuite été recruté par les services Britanniques comme «journaliste» pour
le service de radio international dans les bureaux montréalais de la Canadian
Broadcasting Corporation (CBC). Il a été transféré au service de télédiffusion
dans les années 50 et est «devenu une vedette pour les Québécois», au service
de la CBC, avec son émission Point de mire. C'est à ce moment là qu'il a été
«officiellement» catapulté en politique québécoise. La raison était très simple. Il
fallait à tout prix enlever le pouvoir à l'Union Nationale car Daniel Johnson
s'apprêtait à devenir son chef, après la mort soudaine de Maurice Duplessis et
celle de Paul Sauvé. Avec Daniel Johnson à sa tête, l'Union Nationale
aurait encore gagné les élections. Du point de vue britannique, il ne fallait
absolument pas que cela arrive. Car Daniel Johnson, un Québécois de
descendance irlandaise, connaissait bien l'histoire, et ce que l'Empire Britannique
avait fait subir aux Irlandais. Johnson faisait parti d'un groupe minoritaire mais
très efficace, oeuvrant à l'intérieur de l'Église Catholique, qui s'opposait à
l'introduction massive des valeurs malthusiennes qu’entre autres l’OCDE
s'apprêtait à répandre dans la tête des jeunes à travers une réforme scolaire
dans tous les pays industrialisés. C’était le début de ce qui a plus tard été appelé
«la contre-culture»; sexe-drogues et Rock-&-Roll. (5)
Dans cette alliance de force pour le progrès et le développement de toutes les
nations du monde, il y avait des gens comme Aldo Moro, Ben Barka, John F.
Kennedy, (tous tués par balles) le général de Gaule, Cardinal Montini
(devenu Pape Paul VI), et de façon plus indirecte, Martin Luther King. Tous
faisaient la promotion du progrès humain. Pour eux, chaque homme était
créé à l'image de Dieu, qu'il soit jaune, rouge, noir, ou blanc, et chaque homme,
femme et enfant avait le droit fondamental d’accéder au développement
économique, qu'apportait le progrès scientifique et technologique.
Voilà une idée extrêmement dangereuse pour l'Empire qui gardait son hégémonie
et la main haute sur ses territoires par le maintient du pillage des ressources et par une pauvreté (intellectuelle et autres) soutenue, de ses sujets.
Là-dessus, René Lévesque a joué un rôle, conscient ou non, vraiment
dégueulasse, car il a été déployé directement contre le réseau de Daniel
Johnson. Les seules choses que le Parti Libéral aient faites correctement au
Québec de 1961 à 1966, ont été faites à reculons, par l'entremise des efforts
soutenus du général de Gaule, de ses ministres et du chef de l'opposition
Daniel Johnson et de ses alliés à l'intérieur du Parti Libéral; dont peut-être
même Pierre Laporte. L'argent du Partie Libéral, venait des réseaux de Maurice
Strong, un ennemi juré de de Gaule, qui faisait lui-même partie des réseaux du Prince Philip et du Prince Berhnard. L'argent était canalisépar des entités «sous son contrôle», car il était une des têtes dirigeantes de Power Corporation. Il en est devenu le viceprésident en 1963, après qu'il eut fait des millions sur le dos des Québécois, avec la nationalisation de l'électricité. Pour vous donner une idée de la relation entre René Lévesque et Daniel Johnson, voici une anecdote: Un jour, durant une session de l'Assemblé nationale, Lévesque dit à Johnson «vous êtes le
personnage le plus vomissant que je connaisse».
Pourtant, après Louis Joseph Papineau, Daniel Johnson est l'homme qui a fait le
plus pour faire avancer le développement du Québec et de ses citoyens. Johnson avait compris que pour faire accepter l'idée d'une nouvelle constitution pour le Canada, il lui fallait l'approbation des autres provinces, mais pas nécessairement celle d'Ottawa. En effet, ce qui forme le Canada, c'est ses provinces. Ottawa n'est que le «buffer» entre L'Empire Britanique et les Canadiens. S'il obtient l'appui des provinces, Ottawa n'aura tout simplement pas le choix d'accepter «la volonté du peuple». Johnson s'était lié d'amitié avec le Premier Ministre de l'Ontario. Une conférence informelle des provinces avait été mise sur pied à la fin de 1967, pour mettre en place la stratégie de ce qui allait devenir la première conférence constitutionnelle en février 1968, afin d'adopter une véritable constitution canadienne, écrite par les Canadiens pour les Canadiens. Un comité constitutionnel formé de représentants de toutes les provinces a été mis sur pied en février 1968. Ce comité avait pour mandat d'étudier toutes les propositions des provinces. Mais hélas, le 5 juin 1968, Johnson fit une crise cardiaque, il fut forcé de se retirer de la politique pendant 10 semaines. Il fit cependant un retour triomphal en septembre. Il donna une conférence de presse le 25 septembre à Québec, juste avant de partir pour
l'inauguration officielle du barrage de la Manic-5, où il exposa ses plans. Il allait
rencontrer de Gaule 10 jours plus tard, et allait l'invité à revenir au Québec en
1969. Le lendemain, on le retrouva mort dans son lit, au pied du grand barrage.
On refusa même au général de Gaule d’assister aux funérailles de son ami
Johnson. Quelle tragédie! Ceci marqua la fin du projet constitutionnel de
Johnson.


(1) p.1-2 A Short History of Crown Agents and Their Office, by Arthur William Abbott, C.M.G, C.B.E The Chiswick Press 1959. -- A.W. Abbott à été Secrétaire de Crown Agents de 1954 à 1958.
(2) p. 45 Renée Lévesque: Portrait d'un Québécois, par Jean Provencher Éd. La Presse 1973
(3) Pour les besoins de gagner la guerre, Roosevelt créa L'OWI et l'OSS (Office of Strategic Services). L'OWI s'occuperait de la propagande, et l'OSS était les "démolisseurs". Après la guerre l'OWI et l'OSS ont été démantelé, car ils n'étaient pas sous contrôle exclusif des Américains. L'OSS est devenu la CIA et l'OWI à été récupéré par les services de renseignement Britanniques.
(4) p. 71 Renée Lévesque: Portrait d'un Québécois, par Jean Provencher Éd. La Presse 1973
(5) À la fin des années 50, le Québec comptait 60% des étudiants en science au Canada. Aussi, 50% de l'énergie hydroélectrique du Canada était produite au Québec. Au début des années 60, Hydro-Québec prévoyait qu'en 1985 la moitié de l'énergie québécoise serait produite à partir de centrales nucléaires. En 1963, sous la direction d'Alexander King (plus tard co-fondateur du Club de Rome, dont Maurice Strong sera membre) l'Organisation de Coopération et Développement Économique (OCDE) ont produit un rapport qui a servi de base pour une «réforme scolaire» dans tous les pays industrialisés visant, par exemple, à remplacer l'enseignement de la géométrie par les maths modernes, et l'étude du Grec et du Latin par l'étude des existentialistes français. Ici, au Québec, cette réforme a coïncidé avec la création du Ministère de l'Éducation, (une bataille entre l'église catholique et la franc-maçonnerie.) Voir La Presse du 11 nov. 1963 -- une série en 5 parties défendant La Grande Loge de Québec.

Le projet de Gaulle-Johnson
Il est absolument nécessaire de connaître l’histoire de la coopération du général de
Gaulle avec le Premier ministre du Québec, Daniel Johnson, en particulier leur
bataille (inachevée...) contre les oligarchies malthusiennes représentées par la
monarchie britannique. Il s’agissait de faire passer dans la réalité leur fameuse
formule « Progrès, Indépendance et Paix », par l’institution d'une constitution
républicaine, englobant, si possible, tout le territoire canadien.
Durant l’été 1967, le Canada célébrait le centenaire: le 100ème anniversaire de
l’Acte de l’Amérique du Nord Britannique. Soit dit en passant, la Confédération canadienne de 1867 n’avait été formée que pour protéger l’Empire contre les forces républicaines d’Abraham Lincoln aux États-Unis. Le Président de la France va saisir la main que lui tend Daniel Johnson, pour envoyer une onde de choc sur tout le continent américain. De Gaulle a reçu une invitation officielle du Premier ministre du Québec en mai 1967, lorsque M. Johnson lui-même était l’invité d'honneur du Général à Paris. Durant cette rencontre historique, la France et le Québec ont
mis l'accent sur neuf points principaux de coopération pour le développement culturel, technologique et industriel. Un de ces accords porte sur l’entrée du Québec dans le projet spatial franco-allemand « Symphonie », pour le développement de satellites de communications. (6)
Il faut garder à l'esprit que la France était redevenue, grâce à de Gaulle, une puissance mondiale ayant pour devise « le Progrès, l’Indépendance, la Paix ». Il leur dit: « Votre histoire, c’est la nôtre, en réalité, c'est l’histoire de France ». Il ajoute que dans les circonstances actuelles, « c’est maintenant à vous de jouer un rôle qui vous est propre, un rôle français ». Cela ne voulait pas dire que ceux qui parlent l’anglais ou sont d'origine étrangère ne pouvaient jouer un « rôle français ». Est ce que vous aspirez à l’idée de « Progrès, Indépendance et Paix » ? Oui ? Donc, vous êtes Français !
Continuant sa tournée, de Gaulle dit dans la ville de Berthier, le 24 juillet
1967: « Eh bien, la France pour sa part, après d’immenses épreuves, est en plein
essor de renouvellement et donne elle aussi, vous le voyez, le sentez tous, l’exemple au monde, l’exemple du progrès certes, mais aussi l'exemple du service des hommes quels qu’ils soient et où qu’ils soient ! » Est-ce là les paroles d’un égoïste, d’un arrogant, d’un raciste, d'un chauviniste, comme l’Empire voulait nous le faire croire? A mi-chemin entre Québec et Montréal, dans la ville industrielle de Trois-Rivières, le Général a lancé, à propos du « droit d'existence », une attaque des plus éclairantes et précises contre l'empire britannique: « On ne peut justifier quand naît un peuple, son existence et son droit, comme vous chantiez tout à l'heure, « Ô Canada », on ne peut justifier son existence et son droit que si on est en progrès. Or c'est ce que vous êtes, je le vois d'un bout à l’autre du Québec. Vous êtes en train d’accomplir un développement économique, technique magnifique ! »
Or, si l’on regarde aujourd’hui sur toute la planète, les pays les plus
sous-peuplés, ce sont les territoires sous l'influence de l’Empire britannique. Le
« progrès », comme l’entend de Gaulle, est non-existant dans l’Empire britannique, ces dernier n’existent que sous forme de cancer. Pour l’Empire, l’asservissement et le pillage des ressources sont les conditions de sa survie. Mais le problème (ce que comprennent très bien Johnson et de Gaulle), c’est que les cellules cancéreuses n'ont pas d’avenir. Elles meurent avec l’hôte qu’elles viennent de tuer. Plus grande est leur puissance, plus rapide leur déclin. Un pays ne peut survivre à long terme que s’il crée des richesses pour lui-même, que s’il est en progrès.
De Gaulle voyait son intervention au Canada de 1960 à 1969 comme ayant une portée internationale et une importance capitale pour toute l’humanité. Continuant son parcours le long du Saint-Laurent, il déclare lors de sa halte à Louiseville: « Cet effort [c’est-à-dire la coopération entrer la France et la Nouvelle-France pour le Progrès, l’Indépendance, la Paix], elle [la France] veut le développer et vous pourrez compter sur elle, car ce que nous faisons tous ensemble, nous Français de part et d’autre de l’Atlantique, c'est ce qu'on peut faire de mieux pour l’humanité tout entière. » « Vive le Québec libre! »
Tout au long du « Chemin du Roi », une foule s’élevant à près d'un demi million de citoyens avait acclamé le Général sur son passage. Arrivant à Montréal le 24 juillet, il prononce son fameux discours, du haut du balcon de l’Hôtel de Ville: « ... Je vais vous confier un secret que vous ne répéterez pas. Ce soir ici, et tout le long de ma route, je me trouvais dans une atmosphère du même genre que celle de la Libération. Outre cela, j’ai constaté quel effort de progrès, de développement et par conséquent d’affranchissement vous accomplissez ici... C’est pourquoi elle (la France) a conclu avec le gouvernement du Québec, avec celui de mon ami Johnson, des accords, pour que les Français de part et d’autre de l’Atlantique travaillent ensemble... vous êtes en train de vous constituer des élites, des usines, des entreprises, des laboratoires, qui feront l’étonnement de tous... Vive Montréal ! Vive le Québec ! Vive le Québec libre ! Vive le Canada français et vive la France ! »
La monarchie britannique étaient épouvantés par la visite de de Gaulle.
L’éveil des p’tites gens, l’éveil d'un pays, d’une république, l’idée même d’affranchissement de « la chose française » (le Progrès, l’Indépendance, la Paix), voilà qui est diamétralement opposé à l’Empire. C'est pour cette raison que celui-ci va lancer une campagne de propagande disant: « De Gaulle joue le jeu d’une petite minorité d’extrémistes qui veulent la séparation du Québec. » (72% des Français du Canada étaient favorables aux actions de de Gaulle: 4 millions... ça fait une belle « petite minorité d’extrémistes » !)
Anecdote intéressante, Daniel Johnson réussit, par l'entremise de Pierre Laporte, a faire passer une résolution en chambre très étonnante: « J’aimerais faire une proposition, mais il me faut le consentement unanime de la Chambre, pour remercier le général de Gaule d’être venu au Québec à notre invitation et blâmer le gouvernement fédéral qui a fait en sorte qu'il ne puisse pas terminer son voyage au Canada... » Consternation chez les Libéraux !
Lesage consulte nerveusement ses voisins, puis griffonne à la hâte les quelques mots que Pierre Laporte lui souffle à l'oreille. Le Chef de l’Opposition se lève alors et proclame: « Monsieur le Président, je désire joindre ma voix a celle du Premier ministre pour exprimer ma gratitude au général de Gaulle d’être venu nous visiter. Nous lui en somme profondément reconnaissant... » (7) Il est très intéressant de constater que René Lévesque, le futur fondateur du Parti québécois, un des leaders de la vraie minorité de séparatistes, n’était pas content de l'action de de Gaulle: « Nous avons tenté jusqu'au dernier moment de convaincre Aquin [un collègue de Lévesque] de renoncer à ses déclarations [en faveur de de Gaulle]. (...) On ne tardera pas à lui « coller » l’étiquette de député gaulliste. C’est justement ce que nous voulions éviter au mouvement. (...) Vous trouverez là une des raisons majeures qui nous ont fait retarder la création du mouvement (...). » Démontrant un manque total de compréhension de l’oeuvre du Général, Lévesque poursuit: « Nous lui gardons
(...) une énorme reconnaissance de nous avoir, par ce bienheureux impair, fait connaître au monde entier. » Lévesque dit « impair », mais quelle manque de lucidité! Comme si l’attaque de l’Empire contre de Gaulle n’était basée que sur le fait que le général est dit « Vive le Québec libre »... De Gaule a foutu des bâtons dans les roues de l'Empire durant tout le temps qu’il a été président de la République, voilà pourquoi il lui en voulait tant, et non pour les quelques mots prononcés à l’Hotel de Ville de Montréal.

(6) Le programme Symphonie, un projet franco-allemand, consistait en deux satellites de communications (téléphone et télévision) qui auraient pu relier le Québec au reste de la Francophonie. De Gaule avait invité le Québec à y participé. Johnson disait même: « Le cosmos va parler français ». Le projet n'a été prêt qu'au début des années 1970. Et par deux fois, les fusées Ariane ont explosé au décollage. Ils ont finalement été envoyés dans l'espace, par des fusées américaines, Delta, en 1974 et 1975. Cependant, les Américains n'ont accepté qu'à la condition qu'il n'y est pas de lien intercontinental, ce qui automatiquement voulait dire que le Québec n'était plus dans le projet!
(7) p. 249 Daniel Johnson: 1964-1968 la difficile recherche de l'égalité. Pierre Godin, Edition de l'homme, 1980

Libérer le Canada tout entier
De Gaulle n’était pas un séparatiste. Au contraire, on pourrait même dire qu’il était favorable à un mariage canadien, plutôt qu'à un concubinage Québec- Angleterre. La déclaration officielle du conseil des ministres de la France du 31 juillet 1967 est très claire: « Il [de Gaulle] a été amené à mesurer leur volonté [celle des Français du Canada] de parvenir, grâce, si possible, " à l’évolution qu’accomplirait
éventuellement l’ensemble canadien ", à disposer d’eux-mêmes à tous égards, et en particulier, à devenir maîtres de leur propre progrès. »
Il est évident que le but n’est pas de détruire le Canada, mais au contraire, de le
libérer des tentacules de la pieuvre britannique, afin que le Canada tout entier puisse jouir de l’affranchissement qu’apporte « la chose française », « le Progrès,
l’Indépendance, la Paix ». Il est clair que de Gaulle et Johnson voulaient libérer le
Québec, mais du même coup, ils savaient que ce ne serait pas vraiment possible tant et aussi longtemps que le Canada continuerait de se coiffer de la Couronne...
Dans sa conférence de presse du 27 novembre 1967 au Palais de l’Élysée, de Gaulle explique les deux « préconditions » absolument nécessaires pour « un Québec
libre » :
La première implique « un changement complet de l’actuelle structure canadienne » telle qu'elle résulte de l’Acte octroyé il y a cent ans par la reine d’Angleterre et qui créa la « Fédération » [...]. La deuxième condition dont dépend la solution de ce grand problème, c’est que la solidarité de la communauté française de part et d’autre de l’Atlantique s’organise.
Hélas, on sait aujourd’hui qu’une série de crises cardiaques bien synchronisées ont
fait en sorte que la réunion historique que souhaitait De Gaulle pour répondre à la
deuxième condition n’ait jamais lieu, ce qui a provoqué, en partie, les terribles
résultats mondiaux de la géopolitique anglo-américaine, que l’on connaît
aujourd'hui.
Daniel Johnson, de son coté, s’est battu pendant toutes les années 60 pour que le Québec, mais aussi le Canada, deviennent autonomes et adoptent une constitution
républicaine. Car il était très conscient, comme l’était de Gaulle, que le développement harmonieux d’une société française de « Progrès, Indépendance et Paix » au Canada, ne serait possible que si le Canada lui-même devenait une république. Je dirais même que, du point de vue de De Gaulle il était crucial pour l’humanité tout entière de mettre un terme à l’influence qu’il (L'Empire) avait sur le continent américain.
Une Constitution canadienne à l'Américaine
De Gaulle et Johnson n’étaient pas du tout opposés aux États-Unis en tant que pays : c’est-à-dire à l’essence, à l’âme des États-Unis, imprégné dans leur constitution. Au contraire, le projet de constitution de Daniel Johnson le prouve bien. On peut lire en page 19 : « Il serait souhaitable d’examiner l’opportunité de remplacer le régime parlementaire d’origine britannique par un régime "congressionnel" d’inspiration
américaine. »

Le problème est bien clair. Les choses terribles que l’on attribue toujours, ici au Québec, aux actions des Américains, trouvent souvent leurs origines dans les châteaux de Londres, par le biais du Canada. De Gaulle, ayant lui-même un des services de renseignement les plus efficaces de l’époque, n’ignorait certainement pas le rôle néfaste joué par les sociétés secrètes loyales à l’Empire. Ces réseaux, qui déterminent en partie la politique étrangère des États-Unis, ont tendance à les
faire agir de mauvaise façon. De plus, ces réseaux sont bien implantés et protégés, ici, au Canada.
Au début des années 60, le monde entrait dans une période très instable. La mise en oeuvre graduelle des projets de De Gaulle relevant de « la chose française », « le Progrès, l’Indépendance et la Paix », va jouer un rôle crucial. Avec De Gaulle, une
nouvelle ère prend forme : il retire les forces françaises du commandement intégré
de l’OTAN, il refuse que l’Angleterre entre dans le Marché commun, parce que, si elle y entrait (et aujourd'hui on a la preuve que le Général avait raison à 100 %) son Grand Dessein d'une Europe de l’Atlantique à l’Oural ne pourrait prendre forme. De Gaulle voulait la « détente », désamorcer la guerre froide et avancer vers la coopération économique entre l’Est et de l’Ouest. Il y avait un grand espoir parmi les forces républicaines.

Le courage de Daniel Johnson
Retournons maintenant du beau côté. Au dîner officiel en l'honneur du Général De Gaulle le soir de son arrivée à Québec, Daniel Johnson est plein d'espérance et prononce un discours émouvant, acceptant le défi du Général de se joindre à son Grand Dessein: Sous votre gouverne, la France a recouvré une stabilité qui avive encore notre admiration à son endroit. Elle a poursuivi avec vigueur une vaste entreprise de planification qui a justifié en deux décennies votre foi inflexible en ce que vous avez vous-même appelé son «génie du renouveau. [...] mais votre rayonnement outrepasse les frontières de la vieille Europe comme en témoignent éloquemment les réceptions dont vous avez été l'objet en Asie et dans les Amériques au cours des années passées. Votre compréhension des conditions et des problèmes mondiaux, votre esprit de décision et votre ténacité dans l'exécution polarisent les justes aspirations de nombreux pays. Votre action diplomatique se révèle à maints égards l'un des puissants facteurs de l'équilibre international. Deux jours plus tard, juste avant le départ de De Gaulle, Johnson ajoute qu'il croit qu'une nouvelle ère s'ouvrira pour le Québec quand, sur la scène mondiale, il sera capable de jouer le rôle d'un partenaire à part entière, de lien unificateur dans la bonne volonté universelle. C'est alors que, selon le Premier ministre, la nation française d'Amérique entrera dans l'histoire et réalisera sa vocation internationale.
De retour à Paris, De Gaulle va expliquer sa politique aux Français, après que les forces politiques et la presse française aient fait écho aux attaques des oligarchies anglo-américaines. Dans son allocution télévisée du 10 août 1967, le Général montre que la libération de la «Nouvelle-France» est un aspect nécessaire de la politique extérieure française: A l'ordinaire, chacun – c'est bien normal – est absorbé par l'existence et les circonstances quotidiennes et ne prend que de temps en temps une vue d'ensemble sur ce qu'il peut advenir de notre pays. Et pourtant, tout en dépend [...]. Comme, dans la situation assez tendue où se trouve le monde, ce que notre peuple fait pèse lourd sur son destin, il y a lieu d'indiquer aujourd'hui [...] quel sont les buts visés dans la conduite de la nation et quel est le chemin suivi pour les atteindre. [...] Le progrès, l'indépendance, la paix, tels sont les buts conjugués que poursuit notre politique. [...] Ainsi, tout ce qui est réalisé quant au développement du pays, dans n'importe quel domaine, à n'importe quel moment, de n'importe quelle façon, est-il combattu, par principe, sans exception, toujours et toujours, par ces adeptes du dénigrement.
Ainsi, le fait que la France, sans renier aucunement l'amitié qu'elle portait aux nations anglo-saxonnes, mais rompant avec le conformisme absurde et périmé de l'effacement, prenne une position proprement française au sujet de la guerre au Viêt-nam ou du conflit au Moyen-Orient, ou – pas plus tard qu'hier – de l'unanime et indescriptible volonté d'affranchissement que les Français du Canada ont manifestée autour du Président de la République française, stupéfie et indigne t-il les apôtres du déclin.

Il y a 33 ans, il s'est répandu sur la scène politique au Québec, une noirceur aveuglante. Après la mort subite de Daniel Johnson, le déclin a frappé tout le Canada. Il n'y a eu personne pour éclairer la route à suivre; car la brillance d'esprit d'un Johnson n'était plus directement visible ; les Anglais et les Français du Canada se sont précipités, comme des papillons de nuit, sur les lumières de l'Empire, avec Trudeau d'un côté, et sa contrepartie, René Lévesque, de l'autre, nous pensions avoir à choisir entre les deux… sans même penser un instant qu'il pouvait s'agir d'un piège.
Ne serait-il pas mieux de retourner à une meilleure période de notre histoire ?
De suivre l'exemple des individus qui avaient compris, qui avaient pour but « le Progrès, le Développement, l'Affranchissement, la Paix » ? Pourquoi devrions-nous
continuer d'admirer ceux qui, consciemment ou non, ont mené la vision de Johnson et De Gaulle à la ruine ? Pourquoi devrait-on avoir de l'admiration pour ceux qui n'ont pas voulu se joindre à leurs efforts quand c'était le temps ? Que vous ayez été pour ou contre René Lévesque n'est pas important ; mais l'erreur monumentale commise par ceux qui ont vécu à l'époque a été d'avoir cru que René Lévesque voulait faire l'indépendance, ou même que Lévesque représentait, sous une forme ou une autre, la continuité du projet « De Gaulle-Johnson ».
La présentation par Johnson de son projet de constitution républicaine pour libérer tout le Canada et, comme l'espérait De Gaulle, transformer l'âme des États-Unis, a été le moment le plus dangereux dans l'histoire récente de l'Empire, car il aurait pu perdre le Canada.
À la fin des années soixante, on a assisté à l'étouffement de « l'effort français »,
le point culminant ayant été la mort de Johnson, la chute de De Gaulle en France,
les Événements d'octobre, une opération sous la gouverne des services spéciaux
anglo-américains, qui ont terrorisé des centaines de milliers de Québécois, jusqu'à
ce qu'ils en oublient ce que De Gaulle et Johnson avaient fait pour eux. Petit à petit, la consolidation du faux mouvement pour l'indépendance, dont René Lévesque était la figure de proue, est devenue hégémonique dans l'esprit de ceux où une flamme de liberté brûlait encore.
Il n'est pas facile d'admettre s'être fait rouler, et ce, pendant 33 ans. La majorité des membres du Parti québécois ou du Bloc ne sont pas nécessairement de mauvaises gens, bien que quelque peu naïfs. En général, les gens qui veulent du changement ont au moins ce côté positif, mais le fait d'être émotionnellement attaché à ces fausses institutions, à ces faux axiomes, les empêche de faire avancer notre peuple.
Raynald Rouleau
rrouleau@mediom.qc.ca
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